L'essentiel à retenir : nous avons posé 1 000 questions en français à ChatGPT, Claude, Gemini et Grok avec leur recherche web activée, puis analysé les 5 991 pages qu'ils sont allés chercher. 52,3 % des citations mènent à une page classée générée par IA, et 68,9 % à une page qui n'est pas entièrement humaine. La proportion passe de 6,7 % pour les pages publiées en 2023 à 59,4 % pour celles de 2026. Sur les 474 pages de sites publics analysées, aucune n'est classée IA.
Quand vous posez une question à ChatGPT, Claude, Gemini ou Grok, le modèle ne répond plus seulement avec ce qu'il a appris. Il va chercher des pages sur le web, les lit, et construit sa réponse à partir de ce qu'il y trouve. Ces pages-là sont publiques : on peut aller les regarder.
C'est ce que nous avons fait. Sur les 5 991 pages retenues, une citation sur deux mène à un texte que notre détecteur classe comme généré par une IA.
Comment nous avons procédé
Mille questions ont été figées à l'avance, en français. Neuf univers marchands (achat grand public, finance et assurance, santé, logiciels professionnels, voyage, juridique, formation et emploi, immobilier, automobile), plus un groupe témoin de questions sans enjeu commercial portant sur l'histoire ou les sciences.
Chaque question a été posée aux quatre moteurs avec leur recherche web native activée, à raison d'une réponse par question et par moteur. La collecte totalise 4 000 réponses, 16 690 citations et 11 718 pages distinctes.
Ces pages ont ensuite été aspirées et réduites à leur texte d'article, sans menu ni pied de page, puis soumises à notre détecteur d'IA. L'analyse porte sur les pages en français publiées depuis 2023, la sortie de ChatGPT datant de fin 2022, soit 5 991 pages.
La composition des sources bascule en deux ans
En 2023, trois pages citées sur quatre étaient écrites par des humains. En 2026, il en reste une sur quatre.
L'année qui suit la sortie de ChatGPT, la part de contenus générés reste marginale, à 6 %. Elle double en 2024, double encore en 2025, et dépasse la moitié en 2026. Le basculement n'est donc pas l'arrivée de l'outil, mais son industrialisation deux ans plus tard.
La bande du milieu, elle, ne bouge pas. Les pages mixtes, qui mêlent passages humains et passages générés, restent entre 15 et 19 % sur les quatre années. L'écriture assistée, celle d'un rédacteur qui s'aide d'un modèle sans lui déléguer l'ensemble, n'a donc pas progressé. Ce qui progresse, c'est le texte entièrement généré, et il prend son terrain au texte humain.
Plus un site est cité, plus il est humain
Le corpus compte 2 840 domaines distincts, dont 2 096 n'apparaissent qu'une seule fois. Ce sont eux qui présentent la plus forte proportion de contenus générés.
À l'inverse, les domaines que les modèles citent le plus souvent restent largement humains. Les sites comme urssaf.fr, capital.fr, meilleurtaux.com ou lefigaro.fr se situent sous 6 %.
Nos données montrent une corrélation, pas un sens de cause à effet. Deux explications tiennent aussi bien l'une que l'autre : les moteurs privilégient les sources humaines, ou les sites déjà installés ont simplement les moyens de payer des rédacteurs.
La formulation de la question ne protège pas
Nous avions posé l'hypothèse que la proportion de contenus générés augmenterait avec l'intention d'achat, les requêtes commerciales attirant davantage de contenus produits en série. Cette hypothèse est réfutée.
Les cinq formulations tiennent dans un écart de sept points, et le classement ne suit pas l'intention. « X ou Y ? » et « Quel est le meilleur ? » expriment exactement le même besoin d'achat, et se situent aux deux extrêmes. Ce sont d'ailleurs les deux seules formulations qui se distinguent statistiquement l'une de l'autre.
Aucune manière de poser sa question ne ramène donc de sources plus fiables. Nous avions déjà observé que la fiabilité d'un détecteur dépend peu de la formulation ; c'est vrai aussi de la qualité des sources qu'un moteur va chercher.
Tous les secteurs sont touchés, sauf le secteur public
L'immobilier arrive en tête avec 60,6 %, devant l'achat grand public et l'automobile. La santé et la finance se situent en retrait des autres univers marchands, autour de 46 à 47 %. L'écart entre les extrêmes marchands atteint quinze points, ce qui reste modeste : aucun secteur marchand ne descend sous 45 %.
Le contraste se joue ailleurs. Sur les 474 pages de sites publics analysées (service-public.fr, ameli.fr et les sites en .gouv.fr), publiées sur la même période et sur le même web, aucune n'est classée générée par IA.
Ce chiffre sert à autre chose qu'à distinguer le public du marchand. Un détecteur pourrait très bien réagir aux conventions d'écriture du web récent plutôt qu'à l'origine du texte, et c'est une limite connue de ces outils. Les pages administratives permettent de tester l'hypothèse : elles sont contemporaines des pages marchandes et rédigées par des humains. La date de publication n'explique donc pas les taux mesurés ailleurs.
Sur les questions sans enjeu commercial, histoire ou sciences, la proportion s'établit à un quart, contre plus de la moitié sur les questions marchandes.
Ce que l'étude ne dit pas
Deux limites doivent accompagner ces chiffres.
10 % des pages citées bloquent les robots d'aspiration, et les domaines concernés présentent des proportions inférieures à la moyenne. Les résultats portent donc sur les pages accessibles et surestiment probablement l'ensemble d'environ quatre points.
Un détecteur rend un verdict, pas une preuve. Nos taux se lisent par rapport au témoin public mesuré à zéro, et non dans l'absolu. Aucune page n'a été vérifiée auprès de son auteur. Nous avons déjà écrit pourquoi un score ne suffit jamais à accuser quelqu'un.
Enfin, l'analyse porte sur le français. Les 1 634 pages anglaises du corpus n'ont pas été retenues, notre détecteur étant entraîné sur du français.
Pourquoi cela compte
Un moteur qui cite une page écrite par un autre moteur produit une réponse dont la source est, elle aussi, une machine. La vérification tourne en rond.
Pour un lecteur, une réponse sourcée n'est donc pas une réponse vérifiée. Pour une entreprise, la place gagnée dans ces réponses dépend de pages dont rien ne garantit la qualité, sinon le fait d'être citées. Nous avions déjà mesuré que les modèles déteignent sur notre vocabulaire ; ils déteignent aussi sur ce qu'ils lisent.
Nous republierons cette mesure sur le même jeu de questions figé, pour suivre l'évolution. Si vous voulez savoir ce que vaut un texte que vous avez sous les yeux, notre détecteur est accessible ici.